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Codir qui tourne en rond : diagnostic et solutions

May 28, 202611 min read

Vous avez constitué une équipe de direction. Vous vous réunissez. Et pourtant, rien ne se décide vraiment, rien ne bouge sans que vous interveniez, et vous sortez de chaque réunion avec la vague impression d'avoir perdu deux heures. Ce n'est pas un problème de personnes. C'est un problème de structure.

Un Codir qui tourne en rond est l'un des signaux les plus coûteux qu'un dirigeant de PME puisse ignorer. Coûteux en énergie, en légitimité, en temps de décision. Et surtout : révélateur d'un dysfonctionnement de gouvernance que les équipes, elles, ont souvent déjà identifié depuis longtemps.

Dans cet article, vous allez découvrir :

  • Pourquoi un Codir dérive vers l'inefficacité malgré les bonnes intentions
  • Les 4 symptômes d'un Codir qui a perdu sa raison d'être
  • Ce qui distingue un Codir de réunion d'un Codir de gouvernance
  • Comment redonner une colonne vertébrale à votre instance de direction
  • Par où commencer quand on ne sait plus quoi réformer en premier

Ces questions reviennent dans presque toutes les PME qui ont structuré une équipe de direction sans avoir formalisé les règles du jeu derrière. Les ignorer, c'est continuer à gérer seul ce qui devrait être porté collectivement. La bonne nouvelle, c'est que le problème n'est pas dans vos collaborateurs. Il est dans le cadre. Et ça, ça se répare. On s'y met ?

Pourquoi un Codir finit par tourner en rond

Pour commencer, il faut nommer ce qui se passe vraiment. Un Codir qui tourne en rond n'est pas un Codir composé de mauvaises personnes. C'est un Codir qui n'a jamais reçu de mission claire, de règles de fonctionnement explicites, ni de périmètre de décision formalisé.

La plupart des Codir de PME se sont constitués par accumulation : vous avez recruté des responsables, ils ont commencé à se réunir ensemble, et le format s'est installé sans vraiment avoir été conçu. Ce qui donne des réunions qui ressemblent davantage à des points d'information qu'à des séances de gouvernance.

Le problème fondamental : quand les membres d'un Codir ne savent pas exactement ce qu'on attend d'eux collectivement, ils font ce qu'ils savent faire individuellement. Ils parlent de leur périmètre, ils remontent leurs problèmes, et ils repartent en attendant que vous tranchiez. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est l'absence de cadre.

Sur les bonnes décisions au bon niveau en PME, le constat est systématique : ce qui bloque n'est pas la qualité des décideurs, c'est l'absence d'architecture de décision. Le Codir n'est pas un outil en soi. C'est un format au service d'une gouvernance. Et si la gouvernance n'est pas définie, le format ne peut rien pour vous.

Les 4 symptômes d'un Codir qui a perdu sa raison d'être

En partant de ce constat, voyons comment le reconnaître concrètement. Ces quatre signaux reviennent régulièrement dans les PME dont l'équipe de direction s'est progressivement désengagée du processus décisionnel.

Le dirigeant valide tout : les décisions qui auraient dû être prises en Codir remontent systématiquement jusqu'à vous. Pas parce que vos responsables manquent de compétences, mais parce que personne n'a jamais formalisé qui décide quoi, jusqu'à quel niveau, et dans quelles conditions. Résultat : le chemin de moindre résistance, c'est de vous demander.

Les réunions sont des points d'avancement : chaque membre rapporte ce qui s'est passé dans son périmètre. Vous écoutez, vous commentez, vous débloquez un ou deux sujets, et la réunion se termine. Aucune décision structurante n'a été prise collectivement. C'est une réunion de management, pas une instance de gouvernance.

Les tensions restent non-dites : les vrais sujets, les arbitrages entre fonctions, les questions sur les priorités stratégiques, ne sont jamais vraiment mis sur la table. Chacun défend son territoire et évite les frictions ouvertes. Le résultat apparent est une bonne entente. Le résultat réel est une direction qui ne co-construit pas.

Le Codir perd sa légitimité aux yeux des équipes : vos managers intermédiaires savent que les décisions reviennent à vous de toute façon. Ils apprennent à contourner le Codir pour aller directement vous voir. Et ils ont raison de le faire, puisque c'est là que se passe réellement la gouvernance. C'est le signe que l'instance a perdu sa fonction.

Si vous vous reconnaissez dans deux de ces quatre symptômes, le problème n'est pas conjoncturel. Il est structurel.

Ce qui distingue un Codir de réunion d'un Codir de gouvernance

En parlant de structure, il est utile de poser clairement ce que devrait faire un Codir qui fonctionne. La confusion entre les deux modèles est à l'origine de la plupart des dysfonctionnements.

Le Codir de réunion est un agrégat de points individuels. Chaque membre présente son activité, son avancement, ses blocages. Le dirigeant écoute, arbitre, valide. C'est utile pour l'information. Ce n'est pas de la gouvernance.

Le Codir de gouvernance est une instance de décision collective. Il traite des sujets qui concernent plusieurs fonctions, des arbitrages stratégiques, des cap-settings. Chaque membre y est présent non pas comme représentant de son périmètre, mais comme co-décideur de l'entreprise. La nuance est fondamentale.

Pour qu'un Codir bascule du premier modèle au second, trois conditions sont nécessaires : un ordre du jour structuré autour des décisions à prendre (pas des reporting à faire), des règles explicites sur ce qui se décide en Codir versus ce qui est délégué à chaque responsable, et un suivi rigoureux des décisions prises d'une séance à l'autre.

C'est précisément sur ce deuxième point que le lien avec quand et pourquoi structurer un Codir en PME est direct : beaucoup de dirigeants ont constitué leur Codir trop tôt ou sans base suffisante, et se retrouvent à le faire fonctionner dans un cadre qui n'a jamais été posé. Reformer ce cadre est souvent plus efficace que de changer les personnes.

Comment redonner une colonne vertébrale à votre Codir

Bon, mais comment on passe concrètement d'un Codir qui tourne en rond à un Codir qui gouverne vraiment ? Il n'existe pas de méthode universelle, mais il existe des principes qui fonctionnent dans la grande majorité des configurations PME.

Poser les fondations avant de reformer le format : avant de changer la fréquence des réunions ou l'ordre du jour, il faut s'interroger sur la mission du Codir. Quelle est sa raison d'être ? Quels sont les sujets qu'il est le seul à pouvoir traiter ? Quels sont ceux qui n'ont rien à y faire ? Ce travail de définition est souvent absent. Et sans lui, aucun changement de format ne tient dans la durée.

Formaliser les niveaux de décision : chaque membre du Codir devrait savoir clairement ce qu'il peut décider seul, ce qu'il décide en Codir, et ce qu'il vous soumet. Cette cartographie des périmètres de décision est l'un des outils les plus puissants pour décharger le dirigeant et rendre le Codir réellement autonome. C'est aussi l'une des choses les plus rarement faites.

Traiter les tensions comme des données stratégiques : les désaccords entre membres du Codir ne sont pas des problèmes relationnels à gérer en aparté. Ce sont des signaux sur les arbitrages que l'entreprise doit faire. Un Codir qui évite les tensions ne gouverne pas. Il coexiste. Donner à votre équipe de direction la permission explicite de débattre frontalement est souvent l'un des changements les plus déstabilisants et les plus libérateurs à la fois.

Mesurer ce qui se passe après les séances : un Codir qui fonctionne laisse des traces. Des décisions prises, des responsables désignés, des délais fixés, un suivi fait. Si votre compte-rendu de Codir ressemble à un relevé d'informations partagées plutôt qu'à un registre de décisions, c'est un signal clair que le format doit évoluer.

L'alignement de la direction sur des objectifs partagés n'est pas une question de cohésion d'équipe. C'est une question de gouvernance. On peut avoir des personnes qui s'apprécient et une direction qui tire dans des directions différentes. L'alignement se construit par le cadre, pas par la convivialité.

Il faut aussi nommer ce que beaucoup de dirigeants évitent : parfois, certains membres du Codir ne sont tout simplement pas à leur place dans une instance de gouvernance. Non pas parce qu'ils sont mauvais dans leur fonction, mais parce que leur profil est opérationnel, pas stratégique. Ce constat n'appelle pas un licenciement. Il appelle une clarification des rôles. Et parfois, un changement de composition.

Par où commencer quand on ne sait plus quoi réformer en premier

Donc, comment débloquer la situation sans tout mettre en chantier en même temps ? Le risque, quand on réforme un Codir, c'est de traiter les symptômes au lieu des causes. On change l'ordre du jour. On raccourcit les réunions. On ajoute un outil de suivi. Et trois mois plus tard, les vieilles habitudes sont revenues.

La bonne séquence est contre-intuitive : commencer par les fondations avant de toucher au format. Répondre d'abord aux questions structurelles (mission, niveaux de décision, règles du jeu), puis ajuster le format en conséquence. Pas l'inverse.

Concrètement, voici trois questions à vous poser dès aujourd'hui.

  • Si je retire mon nom de la liste des participants de mon prochain Codir, est-ce que mes responsables sont capables de prendre les décisions qui s'y prennent habituellement ?
  • Quand j'ouvre le compte-rendu de mon dernier Codir, est-ce que je vois une liste de décisions prises, ou une liste de sujets abordés ?
  • Est-ce que chaque membre de mon Codir sait précisément ce qu'il peut décider sans me consulter, et a-t-il l'habitude de le faire ?

Et si les réponses vous mettent mal à l'aise, c'est exactement le bon moment pour en parler. Prenons contact et voyons ensemble ce qui bloque.

Un dernier point, qu'on évoque rarement mais qui est réel : un Codir qui fonctionne, qui décide vraiment, dont les membres sont autonomes dans leurs périmètres, c'est une entreprise qui se manage différemment. Et une entreprise qui se manage différemment, c'est une entreprise qui se valorise et se transmet dans de meilleures conditions. Ce que vous construisez ici n'est pas juste un meilleur fonctionnement au quotidien. C'est un actif.

Conclusion : un Codir inefficace n'est pas une fatalité, c'est un chantier

Un Codir qui tourne en rond n'est pas condamné à rester ainsi. Mais le résoudre demande de regarder au bon endroit : non pas les personnes, non pas la fréquence des réunions, mais l'architecture de décision qui devrait les soutenir.

Le premier point de bascule est souvent le plus difficile à accepter : si tout revient à vous, ce n'est pas parce que vos responsables ne sont pas à la hauteur. C'est parce que le cadre dans lequel ils opèrent ne leur permet pas encore de décider réellement. Ce cadre, c'est vous qui devez le poser.

Le deuxième est plus opérationnel mais tout aussi critique : reformer un Codir demande de distinguer ce qui relève du format (ordre du jour, durée, fréquence) et ce qui relève de la gouvernance (mission, niveaux de décision, règles du débat). La plupart des tentatives échouent parce qu'elles s'attaquent au format sans toucher à la gouvernance.

Le troisième est le plus souvent sous-estimé : l'alignement de votre direction sur des objectifs communs n'est pas un état qu'on obtient une fois pour toutes. C'est un processus continu, que le Codir est précisément censé porter. S'il ne le fait pas, c'est à vous de vous interroger sur pourquoi, et sur ce qu'il faut changer pour que ça devienne possible.

Vous voulez aligner votre direction et arrêter de tout faire remonter ? On en discute.

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Questions fréquentes sur le Codir en PME

Mon Codir se réunit régulièrement mais rien ne change. Pourquoi ?

La régularité des réunions ne garantit pas la qualité de la gouvernance. Un Codir peut se réunir toutes les semaines et ne jamais rien décider structurellement si son ordre du jour est composé de points d'avancement plutôt que de décisions à prendre. Le premier diagnostic à faire : ouvrez le compte-rendu de votre dernière séance. Comptez les décisions actées avec un responsable et un délai. Si vous en trouvez moins de trois, le problème est dans la nature des sujets traités, pas dans la fréquence.

Comment savoir si c'est un problème de gouvernance ou un problème de personnes ?

La question la plus utile est la suivante : si vous changiez deux membres du Codir demain, les mêmes dysfonctionnements reviendraient-ils ? Dans la grande majorité des cas, la réponse est oui. Ce qui confirme que le problème est structurel, pas personnel. Un cadre de gouvernance flou produit les mêmes comportements chez des personnes différentes : remontée des décisions, évitement des tensions, reporting à la place du co-pilotage.

Faut-il reformer le Codir ou le dissoudre et repartir de zéro ?

Repartir de zéro est rarement la bonne réponse, et presque toujours la plus coûteuse en capital humain. Ce qui produit des résultats durables, c'est de reformer le cadre : redéfinir la mission du Codir, formaliser les périmètres de décision de chaque membre, et retravailler le format des séances en conséquence. Ce chantier prend du temps, mais il préserve ce qui fonctionne tout en corrigeant ce qui bloque.

Quelle est la bonne taille pour un Codir de PME ?

Il n'existe pas de règle universelle, mais au-delà de 6 à 7 personnes, l'instance devient difficile à piloter comme organe de décision. Elle tend à se transformer en réunion de représentation. En PME, un Codir de 3 à 5 membres avec des périmètres clairement définis est souvent plus efficace qu'un collectif élargi mal structuré. La taille optimale dépend des sujets traités, pas du nombre de responsables que vous avez.

Est-ce que mon Codir peut fonctionner sans moi à terme ?

C'est la bonne question, et elle est plus rare qu'il n'y paraît. Un Codir qui ne peut fonctionner qu'en votre présence n'est pas un organe de gouvernance, c'est une réunion de management avec vous comme arbitre permanent. L'objectif d'un Codir bien structuré est précisément que certaines décisions soient prises sans vous, dans un cadre que vous avez posé. Ce n'est pas une perte de contrôle. C'est la définition d'un leadership qui s'exerce en amont, sur le cadre, plutôt qu'en permanence, sur les décisions.

Antoine Martin accompagne les dirigeants de PME qui ont déjà construit quelque chose — et qui veulent maintenant aller plus loin. Facilitateur de scale, il challenge les boards et les équipes pour débloquer ce qui freine la croissance et la valorisation.

Antoine Martin

Antoine Martin accompagne les dirigeants de PME qui ont déjà construit quelque chose — et qui veulent maintenant aller plus loin. Facilitateur de scale, il challenge les boards et les équipes pour débloquer ce qui freine la croissance et la valorisation.

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