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Gouvernance en PME : pourquoi ce n'est pas réservé aux grands groupes | La ScaleZone [G8]

June 01, 20269 min read

Quand on vous parle de gouvernance, vous pensez conseils d'administration, grandes entreprises cotées, processus formels réservés aux groupes de plusieurs centaines de personnes. Et vous concluez que ce n'est pas pour vous. Pas encore. Peut-être un jour.

C'est une erreur de cadre. Les problèmes de gouvernance n'attendent pas que vous ayez 300 personnes pour se manifester. Ils sont déjà là, à 12, à 20, à 50. Ils s'appellent différemment : tout remonte à vous, les décisions prennent trop de temps, votre équipe attend votre validation pour avancer. Ce n'est pas un problème de taille. C'est un problème de structure décisionnelle, et il se traite exactement de la même façon à 15 personnes qu'à 150.

Dans cet article, vous allez découvrir :

  • Pourquoi la gouvernance n'est pas une question de taille

  • Ce que les grandes entreprises ont compris que les PME reportent toujours

  • Les symptômes concrets d'un problème de gouvernance dans une PME

  • Ce qui change vraiment quand on structure la prise de décision

  • Par où commencer sans créer une usine à gaz

Ces sujets concernent tout dirigeant dont l'entreprise compte plus de cinq personnes et dont les décisions passent encore systématiquement par lui. C'est-à-dire la quasi-totalité des PME établies. On s'y met ?

Pourquoi la gouvernance n'est pas une question de taille

Pour commencer, il faut déconstruire la croyance. La gouvernance n'est pas un dispositif qu'on installe quand on devient grand. C'est la façon dont les décisions se prennent dans une organisation : qui décide quoi, à quel niveau, avec quelle information, selon quels critères. Cette question se pose dès qu'il y a plusieurs personnes impliquées dans une entreprise. C'est-à-dire dès le début.

La différence entre une PME de 15 personnes et un groupe de 300, ce n'est pas que le problème de gouvernance n'existe pas dans la première. C'est que dans la première, le dirigeant peut encore le compenser par sa présence permanente. Il est là, il tranche, il débloques, il décide. Le système tient. Jusqu'au jour où il ne peut plus être partout, et où tout s'arrête faute de cadre pour continuer sans lui.

La vraie question n'est donc pas 'ai-je besoin de gouvernance ?' mais 'combien de temps encore vais-je pouvoir compenser l'absence de gouvernance par mon énergie personnelle ?' Et la réponse est toujours la même : moins longtemps qu'on ne le pense.

C'est précisément ce que la gouvernance et la prise de décision au bon niveau cherche à résoudre, quelle que soit la taille de l'entreprise. Le problème est structurel, pas dimensionnel.

Ce que les grandes entreprises ont compris que les PME reportent

Il y a une raison pour laquelle les entreprises qui grandissent finissent toutes par investir dans leur gouvernance. Ce n'est pas parce qu'elles sont devenues assez grandes pour se le permettre. C'est parce qu'elles ont compris qu'elles ne pouvaient plus grandir sans elle.

Les grandes entreprises ont formalisé quelque chose que les PME font encore de façon implicite : la séparation entre les décisions qui appartiennent au dirigeant et celles qui peuvent, et doivent, se prendre sans lui. Cette séparation n'est pas une perte de contrôle. C'est la condition pour que l'organisation avance à plusieurs vitesses simultanément, sans créer un embouteillage permanent au sommet.

Prenez la client story que nous observons régulièrement : une entreprise passée de 200 à 2000 personnes. Le problème de gouvernance existait déjà à 200. Personne ne savait vraiment qui décidait quoi, les priorités changeaient selon les semaines, tout remontait. A 2000 personnes, ce n'est plus un inconfort : c'est une paralysie. Mais le problème n'est pas apparu à 2000 personnes. Il était simplement devenu impossible à ignorer.

Ce que cette observation illustre : les sujets sont identiques à 12 et à 300. Seule l'urgence change. Et attendre que l'urgence soit maximale pour s'en occuper, c'est s'y attaquer dans les pires conditions possibles.

Les symptômes concrets dans une PME

Comment reconnaître un problème de gouvernance dans une PME sans Codir formalisé, sans processus complexe, sans organigramme élaboré ? Les symptômes sont simples et reconnaissables.

Tout remonte à vous. Pas parce que vos équipes sont incompétentes, mais parce que le cadre qui leur permettrait de décider seules n'a jamais été posé. Elles ne savent pas jusqu'où elles peuvent aller sans vous demander. Alors elles demandent. Et vous devenez le goulot d'étranglement de votre propre organisation. Pourquoi toutes les décisions remontent jusqu'à vous n'est pas une question rhétorique : c'est le diagnostic central d'un problème de gouvernance non traité.

Les réunions ne débouchent sur rien. On discute, on aligne, on se quitte avec la sensation d'avoir avancé. Et une semaine plus tard, rien n'a bougé. Pas parce que les gens sont de mauvaise volonté, mais parce que personne n'est nommément responsable d'une décision et d'une action. La gouvernance, c'est aussi ça : rendre les responsabilités explicites pour que les choses avancent sans relance permanente.

Les priorités changent trop souvent. Ce qui était urgent lundi ne l'est plus mercredi. L'équipe finit par ne plus savoir sur quoi concentrer son énergie, et attend des signaux clairs qui ne viennent pas de façon stable. Ce symptôme est presque toujours le signe d'une absence de cadre de décision : sans critères explicites pour arbitrer entre les priorités, le dirigeant arbitre selon l'urgence du moment, et l'équipe vit dans l'incertitude permanente.

Les mêmes sujets reviennent en réunion sans jamais être résolus. Si vous avez discuté du même problème trois fois sans avancer, ce n'est pas un problème de volonté. C'est un problème de processus décisionnel : la façon dont la décision est censée se prendre n'est pas claire, et chaque réunion repart de zéro faute de cadre pour conclure. Un Codir qui tourne en rond produit exactement ce symptôme, qu'il ait deux membres ou dix.

Ce qui change vraiment quand on structure la prise de décision

L'objection suivante est souvent : 'si je structure ma gouvernance, je vais créer une usine à gaz, ralentir les décisions, perdre l'agilité qui fait ma force.' C'est l'inverse qui se produit.

Une prise de décision structurée est plus rapide qu'une prise de décision implicite. Quand chacun sait ce qui relève de son périmètre et ce qui doit être escaladé, les décisions se prennent là où elles se posent, sans attendre la disponibilité du dirigeant. Le dirigeant, lui, se retrouve à traiter les vraies questions stratégiques plutôt que d'arbitrer en permanence des questions opérationnelles qui n'auraient jamais dû lui parvenir.

Ce qui change concrètement : le volume de sollicitations quotidiennes diminue. Les réunions se concluent sur des décisions nommées, avec un responsable et une date. Les équipes avancent sans attendre une validation. Le dirigeant peut enfin lever la tête et regarder à trois mois plutôt qu'à trois jours.

Ce n'est pas une transformation radicale qui prend un an. C'est un travail progressif qui produit des effets visibles en quelques semaines dès lors que les premières clarifications sont posées. Définir qui décide quoi dans votre organisation est souvent le point de départ le plus simple et le plus impactant.

Par où commencer sans créer une usine à gaz

La gouvernance ne commence pas par un organigramme de 40 cases ni par un règlement intérieur de direction. Elle commence par trois questions que la plupart des PME n'ont jamais posées explicitement.

Quelles décisions dois-je absolument prendre moi-même ? Pas celles que vous prenez par habitude ou parce que personne d'autre ne les a encore prises. Celles qui relèvent réellement de votre niveau de responsabilité et d'information. Cette liste est probablement plus courte que vous ne le pensez.

Quelles décisions pourraient se prendre sans moi, si le cadre était clair ? Ce sont les décisions que vous prenez aujourd'hui parce que personne ne sait qu'il peut les prendre seul. Un manager qui ne sait pas s'il peut valider une dépense de 500€ sans vous demander va vous demander. Donnez-lui le cadre, et il ne vous demande plus.

Quelles décisions bloquent faute d'être clairement attribuées ? Ce sont les sujets qui tournent en rond, les dossiers qui stagnent, les projets qui avancent quand vous êtes dessus et s'arrêtent quand vous n'êtes plus là. Ils ne manquent pas de ressources. Ils manquent d'un responsable nommé.

Répondre à ces trois questions pour les dix décisions les plus fréquentes de votre organisation, c'est le début d'une gouvernance fonctionnelle. Pas parfaite, pas définitive, mais suffisamment claire pour que les choses avancent sans vous à chaque carrefour. C'est exactement le travail que construire un niveau 2 de décision formalisé permet de pérenniser dans le temps.

Vous voulez aligner votre direction et arrêter de tout faire remonter ? On en discute.

Faire le point sur ma gouvernance →

Questions fréquentes sur la gouvernance en PME

A partir de combien de personnes faut-il structurer sa gouvernance ?

Dès que vous avez des managers ou des collaborateurs qui prennent des décisions, c'est-à-dire dès cinq ou dix personnes. La question n'est pas le nombre de personnes mais le volume de décisions qui transitent par vous. Si vous passez plus de 30% de votre temps à valider des décisions qui pourraient se prendre sans vous, le problème de gouvernance est déjà là, quelle que soit la taille de votre équipe.

Est-ce qu'un Codir est obligatoire pour avoir une bonne gouvernance ?

Non. Un Codir est un outil possible, pas une obligation. La gouvernance, c'est la clarté sur qui décide quoi et à quel niveau. Cette clarté peut exister sans réunion formalisée ni comité structuré. A l'inverse, beaucoup d'entreprises ont un Codir qui se réunit chaque semaine sans que la gouvernance soit vraiment structurée : les décisions restent floues, les responsabilités ne sont pas nommées, et tout remonte quand même. La forme importe moins que la substance.

Structurer sa gouvernance, n'est-ce pas risquer de perdre de l'agilité ?

C'est l'inverse qui se produit. Une organisation sans gouvernance claire est lente parce que tout passe par le dirigeant. Une organisation avec une gouvernance claire est rapide parce que les décisions se prennent au bon niveau, sans attendre. L'agilité réelle ne vient pas de l'absence de cadre, elle vient de la capacité à décider vite et au bon endroit. Le cadre est ce qui rend cette vitesse possible.

Comment expliquer à mon équipe que je veux structurer la prise de décision sans qu'ils pensent que je me désengage ?

En nommant exactement ce que vous faites : vous leur donnez plus d'autonomie, pas moins de présence. Structurer la gouvernance, c'est clarifier les périmètres de chacun pour qu'ils puissent avancer sans attendre votre validation à chaque étape. Ce n'est pas vous désengager, c'est leur faire confiance de façon organisée. La nuance est importante et généralement bien reçue dès qu'elle est expliquée clairement.

Combien de temps faut-il pour voir des résultats après avoir structuré sa gouvernance ?

Les premiers effets sont visibles en quelques semaines pour ce qui concerne les décisions quotidiennes : moins de sollicitations, réunions qui concluent sur des responsabilités nommées, sujets qui avancent sans relance. Les effets structurants (une équipe réellement autonome, un dirigeant libéré de l'opérationnel) prennent six à dix-huit mois selon la taille de l'équipe et le point de départ. C'est un chantier progressif, pas une transformation instantanée.

Antoine Martin

Antoine Martin

Antoine Martin accompagne les dirigeants de PME qui ont déjà construit quelque chose — et qui veulent maintenant aller plus loin. Facilitateur de scale, il challenge les boards et les équipes pour débloquer ce qui freine la croissance et la valorisation.

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